Expériences
26.11.25

Sur la route des Vikings : de l’Europe au Groenland à bord de l’Allures 51.9

La légendaire Route des Vikings : 4 000 milles nautiques d’aventure, sur les traces des anciens Nordmen qui découvrirent et colonisèrent le Groenland, jusqu’au nord du Canada. Marianne et Markus ont navigué de Cherbourg à la Nouvelle-Écosse à bord de leur Allures 51.9. Un voyage aussi audacieux qu’inspirant…

Growlers, Groenland et Nouveau Monde : CASTELLA sur la route des Vikings

Sur les traces de nos propriétaires suisses Marianne et Markus, à bord de leur Allures 51.9

L’Histoire le reconnaît désormais : ce n’est pas Christophe Colomb qui découvrit le continent américain, mais un groupe de Vikings islandais, mené par Leif Eriksson, près d’un demi-siècle plus tôt. Vers l’an 1000, celui-ci toucha les terres du « Nouveau Monde », suivant les pas de son père, déjà établi au Groenland. Si ces premières colonies vikings n’ont survécu que quelques années, leur audace inspire encore les navigateurs d’aujourd’hui. Cette route arctique mythique – la « route des Vikings » – attire désormais les marins en quête d’exploration. C’est le cas de Marianne et Markus.

La « Route des Vikings » est ainsi devenue un itinéraire incontournable pour les navigateurs en quête d’aventure arctique — comme Marianne et Markus.

Marianne et Markus à la barre de CASTELLA,le premier Allures 51.9

Le bateau idéal pour un voyage au Groenland : présentation de CASTELLA, un Allures 51.9

En 2019, ce couple de navigateurs expérimentés signe pour le premier exemplaire du nouveau fleuron de la nouvelle Allures; l'Allures 51.9.

« Un bateau en aluminium, un tirant d’eau variable, sans oublier l’isolation et le chauffage : des indispensables pour naviguer si au nord », rappelle Markus. « Et le choix d’Allures s’est aussi imposé pour leur réputation irréprochable dans le monde des yachts d’exploration. »

Markus sait de quoi il parle : scientifique marin de formation, il navigue depuis plus de 40 ans à la fois sur des voiliers et des "tall ships". Marianne, son épouse, est une plongeuse aguerrie et navigue au large depuis plus de dix ans, après avoir débuté sur un J/88 en Suisse. « CASTELLA, c’est ma maison flottante », sourit Markus. Pour eux, la robustesse, la rigidité et la philosophie 100% grande croisière du chantier en font le voilier parfait. « Assez grand pour recevoir des amis, mais parfaitement gérable à deux. Fiable dans les pires conditions, aux hautes latitudes comme sous les tropiques. Un vrai yacht “go anywhere”. »

La route des Vikings fut leur première grande aventure hauturière — depuis Cherbourg, là même où leur Allures 51.9 - CASTELLA - a été construit.

« Assez grand pour recevoir des amis, mais parfaitement gérable à deux. Fiable dans les pires conditions, aux hautes latitudes comme sous les tropiques. Un vrai yacht “go anywhere”. »

Première étape : de la Manche à l’Islande, entre calmes plats et coulées de lave

Après deux ans entre eaux françaises et britanniques, CASTELLA quitte Cherbourg fin mars 2024 pour la route des Vikings. Risque de tempêtes hivernales oblige, l’équipage sait qu’il peut rencontrer le pire en route vers l’Irlande. Pourtant, Poséidon se montre clément : parfois même, le moteur doit prendre le relais… jusqu’à ce qu’il tombe en panne à cause d’un capteur d’huile défectueux.

La RNLI remorque donc CASTELLA jusqu’au petit port d’Arklow, au sud de Dublin. Après une réparation rapide, CASTELLA reprend la mer : longeant la côte est de l’Irlande jusqu’aux îles écossaises de l’ouest comme Islay, avec des escales à Oban et Ullapool. Depuis Stornoway, l’équipage met le cap au large, direction les îles Féroé.

Castella à Reykjavik

Peut-être grâce à la magie météorologique ou — encore une fois — à la clémence de Poséidon, CASTELLA bénéfice d’une mer calme et de vents portants. Ils auraient néanmoins apprécié quelques nœuds de vent supplémentaires. Cette navigation paisible aurait été encore plus agréable sans les nuits glaciales et les journées brumeuses, avant-goût du temps plus rude qui les attendait au nord. Bien qu’ils aient rêvé de mieux découvrir les splendides paysages des îles Féroé, ils ne firent que deux brèves escales : leur destination, c’était le Groenland. Dans l’attente d’une fenêtre météo, CASTELLA met alors le cap vers le sud de l’Islande, à quelque 450 milles nautiques de là.

Après une escale aux Vestmannaeyjar, ou les îles Westmann, l’équipage poursuivit jusqu’à Reykjavik, la capitale islandaise, en longeant la spectaculaire faille volcanique de Grindavik : depuis le bord, ils peuvent apercevoir la lueur rougeoyante de la lave en fusion — un spectacle à la fois fascinant et impressionnant. CASTELLA resta plusieurs semaines au port de Reykjavik, le temps que la ceinture de glace se désagrège, bloquant encore à ce moment-là l’accès au Groenland.

En réalité, comme le souligne Marianne, naviguer dans l’hémisphère nord demande une vigilance bien supérieure à celle à laquelle les plaisanciers sont habituellement confrontés : les conditions météo y changent sans cesse. Il faut calculer précisément les fenêtres météo — que ce soit pour le vent, la mer… ou la glace. Et souvent, il faut simplement attendre. Ainsi, leur traversée vers le Groenland dut être repoussée de plusieurs semaines, jusqu’à ce que la banquise relâche enfin son emprise et laisse le passage libre.

En réalité, comme le souligne Marianne, naviguer dans l’hémisphère nord demande une vigilance bien supérieure à celle à laquelle les plaisanciers sont habituellement confrontés : les conditions météo y changent sans cesse.

Surveillance météo rappochée : icebergs en vue !

Naviguer dans les glaces comporte toujours un risque. Markus insiste : « il ne faut pas seulement consulter les cartes météo et glaciaires actuelles, mais aussi analyser l’historique des hivers précédents. Certaines années, la banquise s’étend largement le long des côtes, d'autres sont plus clémentes.»

En 2024, année de l'expédition de CASTELLA, Marianne et Markus ont dû affronter une année de forte glaciation : « Fin mai, la ceinture de glace atteignait encore 60 kilomètres au large de Tasiilaq, soit deux fois plus que l’année précédente ! », se souvient Markus. « Heureusement, à la fin juin, les cartes glaciaires indiquaient un passage libre vers le sud-est du Groenland. Par ailleurs, notre assureur nous imposait de ne pas dépasser une certaine épaisseur de couverture glaciaire. Il fallait donc partir. » Ils quittent l’Islande le 15 juillet.

« Il ne faut pas seulement consulter les cartes météo et glaciaires actuelles, mais aussi analyser l’historique des hivers précédents. Certaines années, la banquise s’étend largement le long des côtes, d'autres sont plus clémentes.»

CASTELLA avance à bon rythme sous des vents modérés, mais sur les cinq jours de traversée, le moteur dut tourner pendant 26 heures. Les températures avoisinent les 8 °C dans l’air et 12 °C dans l’eau, jusqu’à une chute brutale en entrant dans le courant du Groenland : de 12 à à peine plus de 4 °C. Ce puissant courant transporte des eaux glaciales et de nombreux blocs de glace en provenance de l’Arctique — un phénomène aussi saisissant qu’exaltant, surtout pour un scientifique marin.

En dehors de la contemplation de la nature, l’une des routines quotidiennes les plus essentielles (avec la cuisine) consiste à vérifier la météo et à ajuster en permanence les décisions tactiques et la stratégie globale face à l’évolution constante des glaces dérivantes et des icebergs. CASTELLA est équipé de Starlink, qui — comme le confirme Markus — a parfaitement fonctionné même à ces latitudes extrêmes. L’équipage surveille de près les zones à risque ainsi que les prévisions de vent. Priorité à la sécurité !

D’autres événements sont venus pimenter la traversée, offrant à l’équipage un véritable concentré d’expériences hauturières : une panne de filtre à diesel provoquant une fuite importante dans le compartiment moteur — pas le moment le plus agréable du voyage —, ou encore des variations climatiques ahurissantes, passant de 4°C à des conditions presque estivales dignes de la Méditerranée, laissant l’équipage aussi surpris que ravi, savourant un air de vacances sur le pont. Puis, au cinquième jour, les premiers grands icebergs se dessinèrent à l’horizon, accompagnés de la silhouette de la côte groenlandaise. Une matinée de marin parfaite, après quelque 650 milles nautiques.

Puis, au cinquième jour, les premiers grands icebergs se dessinèrent à l’horizon, accompagnés de la silhouette de la côte groenlandaise.

« La glace peut dériver à 2 nœuds ! »

À une dizaine de milles nautiques de l’entrée du Prince Christian Sound, CASTELLA atteint la lisière de la banquise. Un épais brouillard s’installe, des craquements de glace se font entendre — l’atmosphère devient presque inquiétante. La ceinture de glace est un champ mouvant en permanence. Les growlers, ces éclats d’icebergs à peine visibles à la surface, bien que beaucoup plus petits que les véritables géants de glace, sont redoutés car capables d’endommager bateaux et navires. Quelle chance, confie Marianne, d’être à bord d’un Allures : la coque en aluminium, solide et rassurante, procure un véritable sentiment de sécurité, à la fois réel et ressenti.

« Quelle chance, confie Marianne, d’être à bord d’un Allures : la coque en aluminium, solide et rassurante, procure un véritable sentiment de sécurité, à la fois réel et ressenti. »

Le défi : la glace ne reste jamais en place, comme dans un jeu vidéo. Elle est constamment déplacée par les courants et le vent. « Nous avons dû maintenir une veille permanente et très rigoureuse sur le pont, car je n’avais aucune envie de tester la résistance réelle de notre coque… » CASTELLA progresse donc prudemment au moteur, avec une extrême minutie, à travers cette mer parsemée de blanc. Malgré un vent apparent pouvant atteindre 15 nœuds, naviguer à la voile aurait été bien trop risqué.

« Quand nous avons atteint notre mouillage, mon rythme cardiaque a enfin pu redescendre. Quel soulagement ! » Un soulagement de courte durée : dès l’aube, le crissement et les grattements d’une couche de glace qui s’épaississait réveillèrent l’équipage épuisé. « Guindeau ! On lève l’ancre ! » Une procédure tout à fait normale au Groenland.

Cette journée mouvementée s’est poursuivie par une traversée inoubliable du Prince Christian Sound, sous une météo splendide.

CASTELLA dans le passage du Prince Christian

Du Groenland à la Nouvelle-Écosse : « Nouveau Monde en vue ! »

CASTELLA est restée trois semaines au Groenland, passant d’un fjord à l’autre, mouillant dans des baies désertes ou accostant dans les rares villages. Lors des débarquements en annexe, le fusil faisait office d’assurance-vie : les ours polaires y sont un danger permanent. Heureusement, ils n’ont jamais eu à faire face à une rencontre agressive. La nature y est à couper le souffle, tout comme les rencontres humaines. L’accueil, la gentillesse et la curiosité des habitants ont laissé à l’équipage de nombreux souvenirs heureux. « Naviguer le long des côtes groenlandaises, c’est un chapitre entier d’aventure », raconte Marianne. « C’est aussi magique qu’on l’imagine… mais tellement différent de ce que l’on croit. »

« Naviguer le long des côtes groenlandaises, c’est un chapitre entier d’aventure », raconte Marianne. « C’est aussi magique qu’on l’imagine… mais tellement différent de ce que l’on croit. »

En remontant la côte sud-ouest du Groenland vers le nord, CASTELLA croise très peu d’autres voiliers, mais fait de nombreuses rencontres amicales avec d’autres navigateurs. La petite localité de Narsarsuaq, avec à peine 130 habitants, est la dernière escale. C’est ici que se posent les vols internationaux, permettant une nouvelle relève d’équipage avant la dernière grande étape : cap sur le “Nouveau Monde” !

Commence alors la troisième et plus longue étape du voyage : cap sur Halifax, en Nouvelle-Écosse. Pour cette traversée au long cours, l’équipage fait le plein de vivres avant de lever l’ancre à Qaqortoq, la plus grande ville du sud du Groenland, avec seulement 3 500 habitants. Elle est aussi le centre de production de produits issus du phoque — une activité strictement interdite en Europe.

«...dans la mer du Labrador, l’équipage doit continuer à consulter les cartes glaciaires et rester en alerte face aux icebergs qui, même en été, dérivent vers le sud...»

CASTELLA progresse bien, porté par de beaux vents, avec une vitesse moyenne de 6 nœuds. En quittant la côte du Groenland — pour l’essentiel libre de glace en été —, le brouillard et les derniers blocs de glace dérivants s’estompent peu à peu, et la température de l’air commence doucement à remonter. Néanmoins, dans la mer du Labrador, l’équipage doit continuer à consulter les cartes glaciaires et rester en alerte face aux icebergs qui, même en été, dérivent vers le sud portés par le courant du Labrador.

Après cinq jours de très belle navigation — dont une dernière journée vive au près serré — l’équipage de CASTELLA aperçoit enfin les premiers signes de terre : l’Amérique ! « C’est étrange à dire, mais on pouvait réellement sentir l’odeur de la forêt de très loin », raconte Markus. Par temps clair, ils débarquent à Lewisporte, sur l’île de Terre-Neuve. Après quelques jours sur place, ils atteignent finalement Halifax le 17 août. L’équipage doit patienter encore un peu, à l’abri d’un ouragan de passage — sans conséquences — avant d’arriver enfin au Royal Nova Scotia Yacht Squadron, le plus ancien yacht club d’Amérique. Fin d’un périple de près de 4 000 milles nautiques.

« C’est étrange à dire, mais on pouvait réellement sentir l’odeur de la forêt de très loin », raconte Markus

Un voilier valeureux, à n'en pas douter !

Ce qui, pour d’autres bateaux, pourrait ressembler à un “baptême du feu” fut, pour CASTELLA, un véritable “baptême de glace”. S’engager sur une route aussi longue et exigeante est un défi de taille. En dehors de quelques pannes mineures — certes agaçantes mais sans gravité — le bateau a plus que tenu ses promesses. « C’est une plateforme extrêmement stable et robuste, qui inspire un véritable sentiment de sécurité, même chez des invités peu habitués au large », affirme Markus. Marianne ajoute que CASTELLA a démontré sa solidité face aux tempêtes à plusieurs reprises depuis sa mise à l’eau en 2022.

« C’est une plateforme extrêmement stable et robuste, qui inspire un véritable sentiment de sécurité, même chez des invités peu habitués au large », affirme Markus

Marins aguerris, ayant accumulé des centaines et des centaines de milles nautiques à bord de CASTELLA, notre couple de propriétaires confirme que la route des Vikings fut, sans conteste, la plus exigeante et la plus palpitante des navigations jusqu’à présent. Après l’avoir achevée, ils sont plus que jamais convaincus de leurs propres capacités — et de celles de leur vaillant voilier — pour poursuivre leur odyssée hauturière avec une confiance renouvelée.

En savoir plus sur l'Allures 51.9 : cliquez ici

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